Ma réticence à croire en une amélioration durable de la conjoncture peut surprendre alors que tous les jours, les médias semblent annoncer des chiffres économiques encourageants. Voici dès lors un bref résumé de mes raisons :
- tout d'abord, dans beaucoup de cas, les signes de reprise que semblent détecter les investisseurs ne sont rien d'autre qu'une stabilisation de certains indicateurs qui étaient auparavant tombés à leur niveau le plus bas en plusieurs décennies. Cette stabilisation n'a rien de particulièrement surprenant . La baisse de l'activité économique après la faillite de Lehman avait été tellement extrême qu'un ralentissement dans le rythme de décélération était logique;
- ensuite, dans le même ordre d'idées, les indicateurs qui pointent vers une reprise économique sont des indicateurs liés à la production. Le choc causé par la disparition de Lehman Brothers avait amené de nombreuses entreprises à pratiquement arrêter leur production. Il s'ensuivit une situation où la production était incapable de satisfaire la demande, malgré la faiblesse de cette dernière. Au cours des derniers mois, la production a dû rattraper ce retard, ce qui a donné naissance aux fameux 'green shoots' (signes de reprise économique). Ces derniers furent à l'origine de la remontée des marchés boursiers et cette remontée fut ensuite considérée comme une preuve que la crise économique et financière était derrière nous;
- enfin, la stabilisation de la situation économique n'a été achevée qu'à travers la forte augmentation des dépenses publiques. Aux Etats-Unis, le programme 'cash-for-clunkers' (prime à la casse pour les voitures) a ainsi influencé toute une série d'indicateurs économiques au cours des derniers mois. L'amélioration de ces indicateurs a par la suite été prise comme signe que la récession était terminée. Le succès de ce programme fut d'ailleurs tel qu'il a maintenant été étendu aux appareils ménagers. Ceci devrait soutenir la croissance sur le deuxième semestre. La question sera toutefois de voir si cette amélioration de l'activité économique s'avérera durable. Je continue à penser qu'étant donné les fondamentaux du consommateur américain, il sera difficile pour l'économie américaine de maintenir une dynamique de croissance lorsque la contribution des programmes de conjoncture à la croissance s'essoufflera. De plus, ces programmes auront été marqués par la volonté de perpétuer un modèle de croissance basée sur l'augmentation des dépenses de consommation. Ils ont ainsi non seulement différé l'ajustement nécessaire de la situation financière des ménages américains, mais ont au contraire aggravé cette situation en incitant le consommateur américain à s'endetter encore plus pour acheter une voiture (ou une maison maintenant que la Federal Housing Administration assure de nouveaux prêts hypothécaires avec un apport personnel de seulement 3,5%). En même temps, ils ont entraîné une forte augmentation du déficit budgétaire et de la dette publique sans jeter les bases d'une augmentation du potentiel de croissance à moyen et long terme de l'économie américaine. Les Etats-Unis se trouvent dès lors de plus en plus devant un dilemme : réduire le déficit budgétaire en diminuant les dépenses publiques ou en augmentant les impôts risquera de replonger l'économie en récession; ne pas le réduire entraînera un niveau d'endettement de plus en plus difficile à financer.
Il se peut tout à fait que sur le deuxième semestre de l'année en cours, les chiffres montrent une croissance relativement forte (aux Etats-Unis, les experts tablent ainsi sur une croissance de près de 4 % pour le troisième trimestre). Une première question sera toutefois de savoir comment cette reprise pourra s'avérer durable dans un contexte où les composantes traditionnelles de la croissance, la consommation des ménages et l'investissement des entreprises, restent faibles. A plus long terme, une deuxième question aura trait aux conséquences des politiques budgétaires et monétaires actuellement menées et de l'incapacité des Etats à s'attaquer aux véritables causes de la crise économique et financière.
Avec une hausse de plus de 50 % en six mois, les marchés boursiers ont clairement anticipé la reprise économique. Pour justifier une hausse supplémentaire, il faudra bientôt des preuves tangibles d'une telle reprise. Quant aux 'bons' résultats des entreprises, ils sont :
1. relatifs (c'est-à-dire qu'ils sont bons comparés à des attentes qui avaient été fortement revues à la baisse) et
2. le fruit d'un très bon contrôle des coûts. Or, une stratégie de contrôle des coûts a ses limites et il faudra que tôt ou tard, les entreprises parviennent à relancer leurs ventes pour pouvoir améliorer leurs résultats. Ceci ne sera le cas que si la conjoncture s'améliore. Entre-temps, la marché américain se traite à 130 fois les bénéfices annoncés, respectivement à 25 fois les bénéfices opérationnels (qui excluent les charges extraordinaires) des douze derniers mois.
Adopter une stratégie défensive ne signifie pas délaisser complètement les actions, d'autant plus qu'avec une rémunération proche de zéro, les placements monétaires n'offrent pas vraiment une alternative attrayante (je continue néanmoins à penser que le niveau bas des taux d'intérêt n'est pas une raison suffisante pour investir en bourse). La sélectivité dans le choix des valeurs me semble cependant plus importante que jamais. Les sociétés à privilégier devraient remplir les critères suivants :
1. qualité supérieure : faible endettement, grande capacité d'autofinancement, coûts fixes peu élevés;
2. faible sensibilité à la conjoncture économique;
3. transparence adéquate.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce genre de société a nettement sous-performé dans le rallye des derniers mois, les investisseurs privilégiant des entreprises de moindre qualité offrant un effet de levier plus important en cas de reprise économique.
Dans un environnement déflationniste, la recherche d'un rendement régulier devrait également constituer une priorité pour l'investisseur et le thème des sociétés à dividende élevé reste d'actualité.


Marc de Saunière a dit...
Complétement d'accord avec vous.Pour faire court, la crise actuelle est avant tout une crise du surendettement, surendettement de l'ensemble des agens économiques.
Ce surendettement s'est accru depuis 1992. Les ménages américains ont été les premiers à imploser.... Les états, les LBO, les organismes publics ou certaines entreprises risquent de suivre.
Croire qu'un problème de fonds vieux de 20 ans va se resoudre en 6 mois semble optimiste....
En réalité, la crise est là (chomage, résultats en berne, consommations faible, chute des investissements etc...).
Une rechute de la bourse est hautement probable afin de ramener les multiples de capitalisation en phase avec les espérances de résultats attendus pour les 3 prochaines années
11 septembre 2009 - 06:05 PM
marc a dit...
Bonjour,Quelle est votre appréciation des chiffres concernant la Chine ? Brésil ? Inde? (pays émergeants BRIC hors Russie)
14 septembre 2009 - 10:52 PM
GREDEN a dit...
Que penser de l'or ?16 septembre 2009 - 09:00 PM
Anonyme a dit...
pas de question; mais je souhaiterais être informerde vos prochains articles:je trouve votre vision des marches tres judicieux
17 septembre 2009 - 09:34 PM
bibi a dit...
secret de polichinel...il faut comprendre que la solution à une crise de cette ampleur n'est pas uniquement technique, que du contraire. Certes, il convient d'assurer la continuité des systèmes de financement de l'économie et cela nécessite une intervention, disons...technique.
Ensuite, il y a le psychologique. LE grand défi des autorités publiques (americaines entre autres) actuellement est de redonner confiance aux gens pour qu'ils s'activent (= investissent, dépensent, entreprennent, embauchent, etc.). Car c'est à chacun de nous qud'oeuvrer pour cette sortie de crise. Au boulot, quoi ! ! !
Alors, ne vous étonnez pas si les médias relaient des annonces positives...alorsque les fondamentaux sont bof bof...certes on en est pas sorti mais c'est pas en proclamant sur tous les toits que c'est la m. qu'on va motiver les troupes...!
18 septembre 2009 - 08:37 AM
vandendorpe alain a dit...
croyez-vous que nous repartons dans une bulle?20 septembre 2009 - 04:33 PM
Anonyme a dit...
C'est quoi les "vrais" causes de la crise économique et financière?22 septembre 2009 - 03:36 PM
Anonyme a dit...
A lire.23 septembre 2009 - 12:35 PM
Jules a dit...
Les critères 1 à 3 c' est logique mais où peut-on lesobtenir d'une façon fiable ? La confiance étant fortement émoussée .
03 octobre 2009 - 05:45 PM
mokette a dit...
Excellente analyse.La crise n a pas purger le système , et les politique de relances n ont fait que décaler a plusieurs années le problèmes. On a soigner un drogué en lui donnant de la drogue. A court term tout les symptome de manque disparaisse .....c est cela que l on nous décris ....... Mais la dependance est toujours la. cette métaphore semble bien approprié .
Même si les pressions déflationniste demeurent , je pense que nous auront droit a de nouveau plan de relance.... Aussi je pense que les Etats Unis ont l intention de laisser filer le dollar meme si a court terme on pourrait voir un renforcement du dollar qui coincidera avec une correction des marchés.
Dans ce contexte , comme vous le signalez a juste titre , le cash est tres mal rémuneré . D autre part il règne un climat qui poussent bon nombre de gens a investir en bourse , car conscient d avoir loupé un rally de 6 mois.
Quel est la bonne stratégie d investissement dans ce contexte ? Attendre un repli de 15-20% sur les indices et entrer dans la bulle boursière? Car de toute façon si le s&p retombe sur les 800-850 on aura doit a un nouveau stimulus.
Quel est votre opinion sur l évolution du dollar a moyen terme?
Quel est votre opinion sur l inflation a moyen terme?
Les hard assets , les bric , ne sont ils pas la solution pour faire face a l inflation qui finira par arriver?
Par avance merci
05 octobre 2009 - 01:04 AM
Anonyme a dit...
bonjour à vous.A votre avis ,est -ce que ce ralentissement se fera au premier ou au second trimestre 2010.
merci , bien a vous.
05 octobre 2009 - 02:02 PM
VANDROOGENBROECK Marc a dit...
Cher Monsieur,Dans l'état actuel des choses, allons-nous connaître une situation "déflationiste" ou "super-inflationiste"...
Pour ma part je reste persuadé que nous allons encore connaître une crise encore plus profonde puisque les états et en particulier les USA semblent retomber dans la poursuite d'un ENDETTEMENT SANS PRECEDENT et notre économie européenne suivra....
Certains "blogs" suggèrent d'alléger voir sortir assez rapidement de la bourse des "actions" et de privilégier les liquidités,bons de caisse , bons du trésor public, etc..
Qu'en pensez-vous?
Que conseillez-vous?
En tous cas, pour ma part les Etats européens devraient se conforter davantage et instaurer un "protectionisme européen" plustôt que de se lancer dangereusement vers une politique de protectionisme de chaque état individuel comme l'a démontré récemment l'Allemagne (usines FORT) et la France ( Peugeot ).. Je suis pour encourager l'ensemble des européens à acquérir et préférer les produits "FABRIQUES EN EUROPE" voir même d'instaurer une taxation sur les produits fabriqués hors europe et en particulier dans les pays dits "émergents".....sans cela, l'Europe deviendra un véritable "désert" pour nos enfants...
D'avance, je vous remercie de votre éventuelle réponse laquelle serait la bien venue....
Bien à vous.
06 octobre 2009 - 04:59 PM
Dodémont a dit...
Dans quel secteur industriel investir aujourd'hui:- matières premières: or, cuivre, argent,zinc, pétrole,...
- mines,
- distribution: Colruyt, Delhaize, ...
- énergies: électricité, pétrole, gaz, solaire, éolien,...
- technologie: Schlumberger, Technip,...
- banques: KBC, Deutsche Bank, Dexia,...???
Merci pour votre réponse
02 novembre 2009 - 07:17 PM