Actualité et analyse des marchés financiers, en ligne avec Guy Wagner
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Une stratégie d'investissement active

vendredi 01 août 2008 | 2 commentaires | Catégorie: Analyse des marchés

Dans la courte introduction présentant mon blog, j’ai écrit que l’environnement financier actuel plaidait pour une stratégie de gestion plus active que par le passé.

Cette phrase résume en fait les idées suivantes :

  • 200 ans d’histoire boursière aux Etats-Unis ont montré que l’on assiste à des cycles récurrents de marchés haussiers séculaires (« séculaires » signifiant ici qu’ils durent de 10 à 20 ans), suivis de, ce que Vitaliy Katzenelson appelle dans son livre Active Value Investing (1), marchés « range-bound » séculaires, c’est-à-dire restant pendant longtemps à l’intérieur d’une bande de fluctuation (un marché baissier séculaire avec des rendements annualisés négatifs sur le long terme s’est rarement produit, sauf dans les années 1930) ;
  • dans un marché haussier séculaire, les rendements réels annualisés des actions (réels = corrigés de l’inflation) s’élèvent historiquement à près de 13 %, alors que dans un marché restant à l’intérieur d’une bande de fluctuation, ils avoisinent le zéro % ;
  • le dernier marché haussier séculaire a commencé en 1982 et s’est terminé en 2000. Il succédait à un marché « range-bound » qui avait duré 15 ans (l’indice Standard&Poor's 500 ayant pratiquement été au même niveau en 1982 qu'en 1966) ;
  • 8 ans après la fin de cette longue période haussière, la plupart des grands marchés se situent toujours de 15 % à 30 % en-dessous des niveaux maximum qu’ils avaient atteints en 2000. Il paraît parfaitement concevable que certains n’aient guère dépassé en 2015 ces valeurs de l’an 2000 ;
  • chaque marché haussier séculaire a toujours commencé avec des valorisations d’actions très faibles (ratio P/E entre 6 et 10 – la moyenne à long terme de ce ratio se situant aux environs de 15), pour se terminer lorsqu’elles étaient très élevées ;
  • un marché restant à l’intérieur d’une bande de fluctuation peut comprendre des phases haussières et baissières. Ainsi, le marché actuel a connu un marché cyclique baissier de 2000 au premier trimestre 2003 et un marché cyclique haussier du deuxième trimestre 2003 au troisième trimestre 2007 ;
  • dans un marché haussier séculaire, une stratégie d’investissement active ne s’impose pas particulièrement étant donné que la stratégie la plus simple, consistant à « acheter et conserver », donne de bons résultats ;
  • dans un marché séculaire restant à l’intérieur d’une bande de fluctuation, une stratégie passive produit des résultats décevants alors qu’une gestion active prend tout son sens ;
  • une gestion de portefeuille active essaye de tirer parti des phases cycliques de hausse et de baisse du marché, d’investir dans les régions ou les secteurs qui offrent des perspectives à long terme favorables ou procède à une sélection de valeurs prudente en achetant des sociétés qui présentent à la fois un bon potentiel de croissance et une valorisation raisonnable.

Qu’est-ce que cela signifie dans l’environnement actuel ?

Premièrement, la plupart des grands marchés industrialisés semblent se trouver dans la phase cyclique descendante d’un long marché restant à l’intérieur d’une bande de fluctuation. Un marché haussier séculaire est alimenté par une hausse des bénéfices et une augmentation des multiples de valorisation. Un seul de ces deux éléments peut suffir pour un marché haussier cyclique. Or, ces conditions ne sont tout simplement pas réunies dans l’environnement actuel.

Un rebond technique n’est évidemment pas exclu, étant donné les caractère survendu des marchés il y a quelques jours. Une telle reprise s’avère d’autant plus probable que l’une des craintes qui pèsent actuellement sur le cours des actions, l’inflation, pourrait rapidement disparaître si le prix du pétrole se stabilise ou diminue. Cependant, ce rebond ne durerait que quelques semaines ou quelques mois, et non quelques années, et il faudrait faire preuve d' un market timing particulièrement bon pour en tirer profit.

Deuxièmement, même si les pays émergents ne sont pas à l’abri des troubles économiques actuels, leurs perspectives de croissance à long terme demeurent inchangées en raison des tendances positives en matière de consommation et de dépenses d’infrastructures. Au cours du premier semestre 2008, les performances des marchés boursiers des pays émergents ont suivi celles des pays développés. Cela peut sembler décevant, mais est en fait nettement mieux que les vagues de ventes massives que les marchés émergents avaient connues auparavant dès que les marchés développés accusaient un repli. Cela prouve qu’ils sont aujourd’hui devenus nettement plus matures. Ils restent dans un marché haussier et leurs valorisations ressortent aujourd’hui à des niveaux qui constituaient dans le passé des opportunités d’achat intéressantes.

Troisièmement, les dividendes joueront à nouveau un rôle important dans le rendement des actions. Dans un marché 'range-bound', ils représentaient historiquement 90 % du rendement total, contre à peine 19 % dans un marché haussier.

Enfin, les marchés baissiers permettent souvent aux investisseurs de long terme d’acheter des sociétés intéressantes à bas prix. Warren Buffett a souvent déclaré que les vrais investisseurs se réjouissent lorsque le reste du monde sombre dans le pessimisme. « Nous voulons faire des affaires dans cet environnement, non pas parce que nous aimons le pessimisme, mais parce que nous aimons les prix qu’il entraîne. C’est l’optimisme qui est l’ennemi de l’investisseur rationnel. Avec un consensus enthousiaste, on paie les actions à un prix très cher. » Dans le contexte actuel, il est plus important que jamais de se rappeler que ce sont les fondamentaux des entreprises qui l’emporteront sur le long terme. C’est aussi dans des moments comme celui-ci que l’on peut acquérir des parts dans des sociétés de grande qualité à des prix très intéressants.

(1) Vitaly N. Katzenelson: Active Value Investing; Wiley Finance

Commentaire(s)

Guy Wagner a dit...

L'économie réelle détermine en partie les multiples de valorisation que les investisseurs sont prêts à accorder aux actions. La valorisation très faible du début des années '80 s'expliquait ainsi en grande partie par un environnement économique marqué par une inflation très élevée. Contrairement à ce que l'on pourrait supposer, la croissance des bénéfices des entreprises a par contre souvent été plus forte dans des marchés 'range-bound' que dans des marchés haussiers.

31 juillet 2008 - 11:50 AM

Theseus a dit...

Bonjour,

Article très intéressant.C'est bien d'observer des cycles séculaires mais à quoi vous pouvez attribuer ce phénomène, est-ce qu'il y a un lien avec l'économie réelle...? Merci

31 mars 2009 - 05:30 PM

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Guy Wagner est chief economist à la Banque de Luxembourg

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