Actualité et analyse des marchés financiers, en ligne avec Guy Wagner
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Privilégier les entreprises de qualité

lundi 22 février 2010 | 5 commentaires | Catégorie: Analyse des marchés

Au risque de me répéter, le potentiel d’appréciation sur 3 à 5 ans des marchés boursiers des principaux pays industrialisés me semble très limité à partir des niveaux de fin 2009. Ceci peut surprendre après une décennie où les marchés ont fait du surplace mais n’est que la conséquence de l’extrême surévaluation des actions à la fin des années 90. Le niveau très bas des taux d’intérêt et la détérioration des finances publiques feront toutefois en sorte que de nombreux investisseurs continueront à rechercher des alternatives aux placements monétaires et obligataires. Plus que jamais, une stratégie active me semble dès lors nécessaire en matière d’investissement en actions.

Un aspect d’une telle stratégie active consiste à essayer d’identifier à l’intérieur des marchés, des régions, segments ou entreprises sous-évalués ou dont les perspectives sont supérieures à la moyenne. A l’heure actuelle, les entreprises de qualité constituent un tel segment (par entreprises de qualité, j’entends des sociétés faiblement endettées, essentiellement auto-suffisantes en matière de financement, ayant des coûts fixes peu élevés et générant une rentabilité élevée). Alors qu’après la hausse des marchés en 2009, beaucoup d’entreprises plus risquées sont à nouveau surévaluées, la valorisation d’entreprises telles que Danone, Procter&Gamble ou Roche ne semble d’une manière générale pas excessive.

Acheter simplement les actions d’entreprises de qualité est une possibilité. Une stratégie plus défensive consiste à miser uniquement sur la surperformance des entreprises de qualité par rapport au marché en général. Alors que dans le premier cas de figure, un investisseur ne générera un rendement positif que si le cours des actions qu’il a achetées augmente, dans le deuxième cas de figure, il gagnera de l’argent lorsque le cours de ces actions augmente plus que le marché OU baisse moins que le marché.

A l’heure actuelle, cette deuxième stratégie a beaucoup de sens pour plusieurs raisons :

- tout d’abord, d’une manière générale, on pourrait arguer que les entreprises de qualité sont intrinsèquement supérieures à la moyenne et devraient dès lors faire mieux que le marché, qui en quelque sorte représente justement la moyenne. Ce raisonnement est correct sur le long terme, mais pas nécessairement sur des périodes plus courtes. Historiquement, les actions de qualité ont tendance à sous-performer dans deux cas de figure : lorsqu’elles sont devenues trop chères (en d’autres mots se traitent à une prime trop élevée par rapport au marché) et/ou dans la première phase d’une remontée des bourses après une forte chute. Dans cette phase, les investisseurs ont tendance à se reporter sur les entreprises dont le cours a fortement chuté, ou dont les bénéfices sont censés rebondir le plus;

- les deux cas de figure étaient présents début 2009. Les cours des actions de qualité avaient beaucoup moins chuté que le marché en 2008 et à partir du mois de mars, les investisseurs avaient commencé à anticiper une reprise économique et s’étaient reportés sur les entreprises plus cycliques et sur les valeurs financières. Il s’ensuivit une forte sous-performance des entreprises de qualité en 2009 (sous-performance illustrée dans le graphique ci-après qui compare l’évolution du cours de Procter&Gamble et de Johnson&Johnson à celle de l’indice Standard&Poor’s 500). Une situation similaire s’était d’ailleurs présentée lors de la reprise des bourses en 2003, après leur forte chute de 2001/2002 ;


Source : Bloomberg


- début 2010, la situation se présente par contre de manière opposée. La sous-performance des entreprises de qualité l’année dernière fait qu’elles sont aujourd’hui raisonnablement valorisées en absolu, mais bon marché en relatif, c’est-à-dire par rapport au marché en général et par rapport aux entreprises de moindre qualité. Au lieu de se traiter à une prime, certaines des ces entreprises se traitent même à une décote par rapport au reste du marché;

Cours/Fonds propres : Qualité élevée – Qualité faible

Source : Datastream, Crédit Suisse Research


- en analysant l’histoire boursière, on constate que la surperformance des entreprises de moindre qualité dure en moyenne environ 10 mois. Et depuis quelques semaines, les entreprises de qualité ont effectivement repris le dessus.

- l’environnement économique restera difficile et les attentes d’une forte reprise conjoncturelle durable risqueront de décevoir. Un tel contexte n’est pas propice à une poursuite de la surperformance des sociétés de moindre qualité.

Finalement, le thème des entreprises de qualité me semble proche de celui des entreprises à dividende élevé que j’ai à plusieurs reprises mis en avant. On pourrait en effet arguer que le meilleur indicateur de la qualité d’une entreprise est sa capacité/volonté de payer des dividendes réguliers et croissants. Le fait qu’en 2009, le cours des 137 entreprises du S&P500 qui ne paient pas de dividende a augmenté en moyenne plus de deux fois plus que celui des 363 qui en paient, laisse à cet égard quelque peu perplexe.

Commentaire(s)

Robin a dit...

Il me paraît nécessaire de nuancer vos propos selon les secteurs d'activités. Par exemple, FTE est historiquement une valeur à trés fort rendement (prés de 8% !) et pourtant : d'un plus haut moyen terme (mi 2007) à 27e la valeur a touché les 15e en juillet 2009 pour finir l'année 2009 en variation annuelle négative, et a donc totalement sous-performé l'indice de référence Cac40 (prés de +50%). Et sur le long terme n'en parlons pas puisque la valeur se traite sous 18e ce jour (soit une perte de...90% sur les 10 dernières années)... Méfiance donc !

10 mars 2010 - 11:24 PM

Guy Wagner a dit...

@Robin :

- actions à dividende :

L'idée n'est effectivement pas d'acheter n'importe quelle entreprise qui à première vue offre un rendement du dividende élevé. Il faut que d'autres critères soient également remplis. L'exemple de France Télécom que vous utilisez n'est cependant pas tout-à-fait correct. En 2000, le cours de FT s'établissait en moyenne à 120 et le dividende payé à environ 0,86. FT n'était donc pas une valeur à rendement. Ensuite, le cours de FT a effectivement reculé de quelque 30% depuis novembre 2007 mais l'indice CAC 40 a fait de même (il est vrai cependant que FT a fortement sous-performé dans la reprise boursière). Et, dans le cas de FT, l'investisseur aura au moins touché plus de 3 euro en dividendes, ce qui limite sa perte à 20%. Enfin, à son plus haut de 2007, le rendement du dividende de FT n'était à nouveau pas particulièrement attrayant.

- Futures :

la couverture se fait effectivement à travers la vente de Futures sur indices. Le niveau du Futures correspond grosso modo au niveau spot ajusté pour le niveau des taux d'intérêt et les dividendes.

12 mars 2010 - 11:45 AM

Georges a dit...

Merci pour cette analyse que je partage à 100%.

Quels SICAVs vous recommandez dès lors poursuivant une telle stratégie active axée sur les entreprises de qualité (faible endettement, rentabilité élevée, paiement régulier de dividendes)? De même, est-ce qu'il y a des fonds qui misent sur la surperformance des entreprises de qualité par rapport au marché en général, comme vous le suggérez?

13 mars 2010 - 06:14 AM

Guy Wagner a dit...

Je ne peux parler que de nos SICAV pour lesquelles endettement et rendement sur fonds propres figurent parmi les critères de sélection des actions dans lesquelles nous investissons.

Par ailleurs, comme indiqué dans mon article du 23 février, le thème de la surperformance des entreprises de qualité par rapport au marché en général est à l'heure actuelle l'un des principaux thèmes d'investissement de BL-Global Flexible.

29 mars 2010 - 04:29 PM

Guy Agin a dit...

Bonjour
Quels secteurs sont à privilégier dans un contexte de remontée des taux d'intérêts au Canada où nous avons en ce moment ,25%? Est-il vrai de dire que, par exemple, les "utilities" sont défavorisées en période de remontée des taux?

22 avril 2010 - 05:54 PM

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Guy Wagner est chief economist à la Banque de Luxembourg

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