Les entreprises à dividende
Les entreprises à dividende élevé constituent un cas intéressant en matière de stratégie d’investissement. De nombreuses études empiriques montrent que sur le long terme, acheter des actions à dividende élevé constitue une des stratégies combinant au mieux rendement élevé et risque faible. Malgré cette évidence, ces actions sont souvent délaissées, les investisseurs préférant acheter des entreprises en forte croissance pour lesquelles le potentiel d’appréciation du cours est jugé plus important.
Une des études les plus exhaustives sur la contribution des dividendes a été réalisée par Robert D. Arnott, fondateur de la société Research Affiliates. Dans un article paru en 2003 dans le Financial Analysts Journal, il analyse les sources de rendement de la bourse américaine sur les 200 années se terminant en 2002, la période de 1802 à 2002. Il montre que sur cette période, les actions américaines ont généré un rendement annualisé de 7,9 %, dont 5 % provenaient des dividendes, 1,4 % de l’inflation, 0,6 % d’une augmentation des multiples de valorisation et 0,8 % de la croissance réelle des dividendes.(1)
Le bon résultat d’une stratégie dividende en matière de risque/rendement n’a rien de particulièrement étonnant. Côté qualitatif, un dividende élevé constitue un élément positif dans la détermination de la qualité des résultats d’une entreprise et de sa santé financière. Côté quantitatif, le dividende donne un certain support au titre et, lorsqu’il est réinvesti dans des marchés baissiers, permet de réduire le temps nécessaire pour récupérer une moins-value éventuelle. De plus, les actions à dividende ont tendance à être valorisées de manière attrayante par rapport à leurs bénéfices ou fonds propres.
Les caractéristiques favorables des actions à dividende ne peuvent évidemment s’exercer que sur des horizons d’investissement raisonnablement longs, dépassant plusieurs années. De plus, les études empiriques montrent également que les meilleurs rendements ont été réalisés par des stratégies combinant dividende élevé et Pay-out ratio (POR - part des bénéfices distribuée sous forme de dividende) faible. Ceci paraît logique dans la mesure où un POR trop élevé met en question la durabilité du dividende.
Lors du marché haussier des années 80 et 90, les dividendes avaient perdu beaucoup en importance, d’autant plus qu’aux Etats-Unis notamment, ils étaient pénalisés par un traitement fiscal défavorable. Il en résulte que de nombreux investisseurs ont tendance à penser que le rendement d’une action ne peut venir que de la hausse de son cours et à ignorer le facteur dividende. De plus, dans un environnement où l’horizon d’investissement devient de plus en plus court et où les investisseurs sont à la recherche du prochain ‘Google’ ou ‘Apple’, une stratégie dividende ne paraît pas vraiment excitante (Google et Apple ne paient d’ailleurs pas de dividende à l’heure actuelle).
Les tendances démographiques et le vieillissement de la population pourraient néanmoins entraîner un changement dans les attitudes des investisseurs. Ces derniers vont davantage rechercher des revenus réguliers et ainsi demander une part grandissante du rendement d’un placement boursier sous forme de dividende plutôt que sous forme de plus-value en capital (d’autant plus que, sur base des valorisations actuelles, il semble illusoire de penser que les marchés boursiers américain et européen puissent générer beaucoup plus que 4 % en termes réels par an dans les années à venir). On pourrait même remarquer que dans la mesure où les emprunts d’Etat sont en train de perdre leur aspect ‘sans risque’, les actions d’entreprises de qualité, faiblement endettées et payant des dividendes raisonnables pourraient les remplacer comme placements par défaut dans les portefeuilles d’investisseurs défensifs, nonobstant leur volatilité en principe plus élevée. Enfin, dans un environnement où de nombreux investisseurs craignent un retour de l’inflation, il importe de noter que, contrairement au coupon d’une obligation qui est généralement fixe, une entreprise a la possibilité d’augmenter son dividende. Les actions à dividende offrent dès lors une certaine protection contre l’inflation.
Notre conviction sur le bien-fondé à long terme d’une stratégie dividende nous a amenés à lancer un fonds dividende, le BL-Equities Dividend, il y a un peu plus de 3 ans. Le graphique ci-après montre l’évolution de ce fonds depuis son lancement (novembre 2007) et la compare avec celle de l’indice mondial MSCI All Countries (en euro) et de ce même indice avec les dividendes réinvestis. Ce graphique confirme les observations supra :
- en ce qui concerne le seul indice MSCI, le réinvestissement des dividendes réduit la perte d’un investissement dans cet indice de 12,3 % à 6 % ;
- le fonds surperforme l’indice et ce notamment grâce à un moindre recul dans la phase baissière ;
- malgré l’un des marchés baissiers les plus importants de l’histoire boursière, un investisseur qui aurait acheté le fonds à son lancement serait aujourd’hui gagnant.

(1) Source : Robert D. Arnott : Dividends and the Three Dwarfs, Editor’s Corner, Financial Analysts Journal, 2003.
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Guy Agin a dit...
Bonjour. Ce que j'aime de vos articles c'est que j'apprends quelque chose de fondamental à chaque lecture.Maintenant, au sujet du payout ratio, quel est à votre point de vue un niveau acceptable? 20%? 80% de distribution? En ce moment je mets vos stratégies à éxécution et j'en vois les fruits.
19 février 2011 - 06:15 PM
Rolf Lüg a dit...
Bonjour Monsieur Wagner.J'aime votre stratégie des cies peu endettées payant des dividendes attrayant. Toutefois je me demandais quels étaient les meilleurs secteurs considérant que les taux longs vont immanquablement se tendre.
De plus, n'existerait-il pas un moyen de profiter au maximum de l'augmentation de ces taux? Produits structurés, produits dérivés, que sais-je?
21 février 2011 - 02:51 PM
Vincent a dit...
Bonjour Guy,Il semblerait que l'inflation majeure rencontrée depuis quelques mois par les pays émergents aboutisse au règlement des inégalités depuis longtemps criantes par la violence.
Les peuples se soulèvent, enfin, poussés dans la rue par la faim.
Vous sachant plutôt favorable à l'investissement sur le segment "émergents", je souhaiterais savoir si vous avez procédé à des réajustements au sein de l'allocation émergents du BL-Flexible, et en connaître l'exposition actuelle.
Deuxième question : L'alimentaire, la pharmacie, etc.. Beaucoup de secteurs souffriront de l'inflation qui tend de plus en plus à se confirmer.
Merci de bien vouloir m'indiquer les mesures prises en compte dans le cadre du BL-Flexible pour faire face à cette menace.
Cordialement,
Vincent
22 février 2011 - 12:43 PM
Guy Agin a dit...
Je dois avouer que je suis estomaqué par la justesse de vos analyses. Pendant qu'ici (au Canada) nos pseudos-analystes ne voit rien venir, encore la semaine dernière ils nous racontaient en grande majorité que le marché était sous-évalué . Voilà que depuis que je vous suis, vous tapez dans le mille, à tous les coups. Je suis tellement content de vous avoir découvert. Vous m'êtes d'un grand secours dans ma stratégie d'investissement. Vous nous avez conseillé d'attendre la prochaine correction pour acheter et bien il semble qu'elle soit là. Ah! Si je pouvais vous confier mes avoirs.22 février 2011 - 10:23 PM
Guy Wagner a dit...
@Guy Agin : Je ne pense pas qu'il soit possible de généraliser au sujet du payout ratio. Un ratio proche de 90% est acceptable pour une entreprise mature tout comme un ratio bas l'est pour une entreprise en pleine croissance. L'idée est plutôt qu'un rendement du dividende anormalement élevé par rapport au marché ou, plus encore, par rapport à d'autres entreprises du même secteur, devrait inciter à une certaine prudence.09 mars 2011 - 04:49 PM
Guy Wagner a dit...
@Rolf Lüg : Je ne suis pas convaincu que les taux longs vont immanquablement se tendre, du moins dans un avenir proche. Ceci étant dit, la règle traditionnelle était d'éviter les secteurs à 'cash flow long' (comme par exemple les télécommunications et la pharma) lors des phases de remontée des taux obligataires puisque des taux plus élevés diminuaient la valeur présente de ces cash flows. Dans de telles phases, il y avait lieu de privilégier les entreprises de croissance, d'autant plus qu'une remontée des taux longs allait souvent de pair avec une activité économique plus soutenue. Enfin, il existe de nombreuses stratégies pour profiter d'une remontée des taux longs : vendre des futures sur les marchés obligataires, construire un produit structuré, etc. Tout dépend de facteurs tels que la taille de l'investissement, la liquidité recherchée et ainsi de suite.09 mars 2011 - 05:14 PM
Guy Wagner a dit...
@Vincent : Nous n'avons pas procédé à un réajustement majeur de la part des pays émergents dans le BL-Global Flexible. Cette part s'élève à environ 17%. Dans la mesure où le terme de 'pays émergents' peut prêter à confusion, il importe de noter que cette part se compose des pays matures asiatiques (Singapour, Taiwan, Thaïlande, Corée du Sud et Hong Kong par ordre décroissant), d'Israël et du Brésil.En ce qui concerne l'alimentaire et la pharmacie (et les secteurs 'défensifs' en général), ces secteurs ont fortement sous-performé dans la reprise boursière des deux dernières années, sont aujourd'hui très délaissés par les investisseurs et, surtout, sont valorisés de manière attrayante. Nous avons tendance à les renforcer dans le BL-Global Flexible.
09 mars 2011 - 05:41 PM
de Saunière a dit...
Bonsoir Guy,Les evenements tragiques au Japon (que nos pensées soient avec le peuple japonais) vous conduisent ils à couvrir vos portefeuilles ou a revoir fondamentalement leurs compositions ?
Les difficultés de la troisième économie mondiale peuvent elle à votre sens interrompre la fragile reprise et faire plonger le monde dans une nouvelle recession ?
Bien à vous
16 mars 2011 - 08:22 PM
Guy Wagner a dit...
Bonjour. J'ai essayé de répondre à votre question dans l'article d'hier.25 mars 2011 - 09:17 AM
Christophe a dit...
Bonjour Guy,Merci pour vos analyse très enrichissantes. J'aurais aimé savoir si vous aviez des titres plus spécifiques à conseiller sur le marché de Hong Kong qui répondent aux critères de dividendes à long terme et sur quels titres de hk sont investis le fond BL-Equities Dividend ?
10 mai 2011 - 12:39 AM
Guy Wagner a dit...
@Christophe : les actions de Hong Kong figurant dans le fonds BL-Equities Dividend sont NWS Holdings, Anhui Expressway, Jiangsu Expressway, CLP Holdings et Power Assets. Il faut toutefois noter que ces actions ont été achetées à des cours inférieurs à leur cours actuel (et donc avec des rendements du dividende plus élevés).24 mai 2011 - 03:55 PM