Actualité et analyse des marchés financiers, en ligne avec Guy Wagner
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Une stratégie défensive

lundi 06 juillet 2009 | 2 commentaires | Catégorie: Analyse des marchés

Les deux premiers trimestres de l'année en cours furent diamétralement opposés pour les marchés financiers. Alors qu'au premier trimestre, l'aversion au risque des investisseurs était restée très élevée, le deuxième trimestre a vu ces mêmes investisseurs revenir vers les actions et les emprunts à risque. Les indices boursiers ont ainsi enregistré au deuxième trimestre leur meilleure performance depuis de nombreuses années (pour être précis, l'indice MSCI World a reculé de 24% en $ entre le 1er janvier et le 9 mars. Du 9 mars au 2 juin, il a par la suite progressé de 47%.  Depuis lors, il stagne).

En termes de stratégie d''investissement, les classes d'actifs à privilégier durant ces périodes différaient dès lors fondamentalement. Durant les deux premiers mois de l'année, la bonne stratégie consistait à privilégier les valeurs défensives aux valeurs cycliques dans les portefeuilles actions (voire d'éviter les actions complétement), les emprunts d'Etat aux emprunts à risque dans les portefeuilles obligataires et le dollar à l'euro en matière de devises. A partir de la mi-mars, la stratégie correcte consistait à revenir vers les actions (notamment les valeurs cycliques ou liées aux matières premières), à délaisser les emprunts d'Etat au profit des emprunts du secteur privé et le dollar au profit de l'euro.

Les investisseurs étaient prêts à revenir vers les actifs à risque à cause de l'apparition de ce que les marchés ont pris l'habitude d'appeler des 'green shoots', des signes précurseurs d'une reprise de la croissance économique. Depuis quelques mois, la recherche de tels indicateurs semble être devenue le passe-temps favori de nombreux analystes.

En tant qu'investisseur, il est extrêmement important d'avoir une idée du scénario économique anticipé par les marchés. Alors que début mars, les cours boursiers anticipaient un scénario de poursuite de détérioration de la situation économique, aujourd'hui ces mêmes cours anticipent un net rebond des bénéfices des entreprises. Début mars, il suffisait dès lors en quelque sorte que les nouvelles économiques deviennent un peu moins mauvaises qu'anticipées pour entraîner un rebond des cours. Ceci ne sera plus suffisant au deuxième semestre. Pour que la remontée des cours se poursuive, il faudra des signes tangibles de reprise.

J'ai indiqué à plusieurs reprises les raisons qui me font penser que les conditions nécessaires pour une reprise durable de la croissance dans les pays industrialisés ne sont pas réunies. Les deux acteurs qui, à travers l'augmentation de leur endettement, avaient gonflé la croissance au cours des dernières années - le consommateur américain et le secteur bancaire - ont commencé un processus de désendettement qui va durer des années. A l'heure actuelle, on ne voit pas qui pourrait prendre la relève des ces deux acteurs comme locomotive de l'économie mondiale. Les récentes statistiques en provenance de la Chine sont encourageantes mais la transition vers une croissance asiatique tirée par la demande interne prendra du temps.

Les 'green shoots' que semblent détecter les analystes sont essentiellement des indicateurs témoignant d'un ralentissement du rythme de décélération de l'activité économique. La chute de l'activité économique après la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers a été dramatique comme le montrent les statistiques publiées pour le quatrième trimestre 2008 et le premier trimestre 2009. Il était tout simplement inconcevable que l'économie mondiale continue à se détériorer à un tel rythme. C'est dans ce contexte qu'il faut interpréter les statistiques aujourd'hui mises en avant par ceux qui parlent d'une reprise économique imminente. Il se peut que l'activité économique ait (temporairement?) trouvé un plancher mais rien dans les dernières statistiques économiques ne pointe vers une reprise durable (le côté durable me semble important à mettre en avant. Il se peut que le phénomène de restockage dont parlent à l'heure actuelle beaucoup d'analystes stimule temporairement la croissance. Sans reprise de la demande finale, ce phénomène restera toutefois éphémère.

Les attentes d'une forte reprise durable de l'économie qu'escomptent de plus en plus les marchés vont à mon avis être déçues. Si tel était le cas, le portefeuille à recommander pour la deuxième moitié de l'année ressemblerait à celui du premier trimestre. Il aurait une orientation défensive en terme d'allocation d'actifs générale (réduction du poids des actions) ainsi qu'à l'intérieur de chaque classe d'actif (actions défensives par opposition aux actions cycliques, emprunts d'Etat par opposition aux emprunts à risque, dollar par opposition à l'euro). Le principal danger d'une telle stratégie défensive est que les actifs à risque continuent à profiter encore pendant quelque temps d'un effet 'liquidités'. Investir en actions par crainte de sous-performer un quelconque indice ou parce que la rémunération d'un placement monétaire est faible n'est cependant pas une bonne idée lorsque les fondamentaux ne sont pas au rendez-vous. 

 

 

Commentaire(s)

Thierry Demblon a dit...

Bonjour,
Moody's vient de dégrader les perspectives du secteur bancaire belge, selon L'Echo (article ci-dessous). Le PIB belge dépend à 25% du secteur bancaire et l'emploi belge pour 18 %.
Quels sont les pays européens qui seraient moins susceptibles d'être affectés par les difficultés de ce secteur (nouvelles imputations comptables de milliards de perte sur CDO et détérioration du marché du crédit, core business des banques) ?
Merci.

Article de L'Echo (Bruxelles) :
Moody's µdégrade les perspectives du secteur bancaire belge
L'agence de notation Moody's a revu lundi à la baisse ses perspectives pour le secteur bancaire belge et luxembourgeois vu la détérioration du climat macro-économique.
Bruxelles (L'Echo) - "Les perspectives fondamentales en matière de crédit pour les systèmes bancaires belge et luxembourgeois sont négatives", indique notamment l'agence dans son analyse annuelle du secteur bancaire pour les deux pays.

Selon Moody's, les banques belges sont dans une large mesure exposées aux crédits structurés à risque. Ce qui n'est pas sans conséquences pour l'ensemble de l'économie vu que le secteur financier représente 25% du produit national brut et 18% des emplois.

Au vu de ces éléments, "le malaise économique actuel pourrait s'accroître, ce qui affecterait les activités bancaires traditionnelles", explique Moody's.

Les plans de sauvetage du secteur bancaire montrent que ce dernier est important pour l'économie belge. Ces plans signifient la fin du modèle bancaire transfrontalier bien intégré au sein du Benelux. Il y a désormais trois systèmes bancaires différents, constate l'agence qui s'attend à ce que les grandes banques belges et luxembourgeoises seront plus que jamais dépendantes des concurrents des pays voisins.

sebastien.procureur@lecho.be


19:00 - 06/07/2009 Copyright © L'Echo.be

06 juillet 2009 - 09:38 PM

Guy Wagner a dit...

@Thierry : Je suppose que pour évaluer la vulnérabilité des différents pays, il faudrait étudier entre autres le rapport entre la somme bilantaire des banques d'un pays et son Produit Intérieur Brut. Je ne l'ai pas fait mais pourrais m'imaginer que des pays comme la Norvège ou la Finlande soient dans une position relativement confortable. En dehors de l'Europe, on peut signaler la solidité du paysage bancaire au Canada, alors que trop souvent on a tendance à imaginer les banques canadiennes dans une situation similaire à celle des banques américaines..

08 juillet 2009 - 02:39 PM

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Guy Wagner est chief economist à la Banque de Luxembourg

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