Actualité et analyse des marchés financiers, en ligne avec Guy Wagner
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Situation sur les marchés, 29 janvier 2008

mardi 29 janvier 2008 | 4 commentaires | Catégorie: Analyse des marchés

Depuis octobre 2007, les marchés boursiers ont perdu quelque 15 % en moyenne. En temps normal, une telle correction constituerait une opportunité d'achat majeure. Sur base des bénéfices 2007 ou anticipés pour 2008, les actions se traitent aujourd'hui à un niveau de valorisation qui est loin d'être excessif, d'autant plus que depuis le milieu de l'année dernière, les taux obligataires ont nettement reculé (toutes choses étant égales par ailleurs, un recul des taux obligataires réduit le taux d'actualisation des bénéfices futurs d'une entreprise et augmente ainsi leur valeur présente, justifiant un prix plus élevé). L'important plan de relance décidé par Washington et le relâchement rapide de la politique monétaire de la Réserve Fédérale pourraient, d'autre part, rapidement restimuler la conjoncture aux Etats-Unis malgré les craintes pesant actuellement sur le consommateur américain.

Les problèmes du système financier font toutefois que nous ne sommes pas dans une situation normale. Après les pertes et provisions substantielles liées au secteur immobilier américain, les problèmes sont en train de s'étendre à d'autres formes d'instruments financiers, telles que les couvertures du risque de crédit ("credit default swaps") ou les cartes de crédit. Les provisions des banques risqueront alors d'être insuffisantes. Ceci aura un impact négatif sur leur capacité et leur volonté d'accorder des crédits. Une pénurie de crédits provoquerait assez rapidement un ralentissement de la conjoncture mondiale et, partant, des bénéfices des entreprises. Des valorisations qui, à l'heure actuelle, paraissent attrayantes, s'avéreraient avec le recul trop élevées.

Le bon fonctionnement du système financier mondial repose en grande partie sur la confiance. Les événements des derniers mois ont ébranlé la confiance dans les systèmes de contrôle et de gestion des risques des banques. Ces systèmes étaient à l'origine de la régulation de plus en plus faible des marchés financiers sur les deux dernières décennies et des ratings accordés par les agences de notation. Dire que "les mauvaises nouvelles sont dans les cours" paraît dès lors pour le moins prématuré. Une remontée durable des cours boursiers nécessitera un rétablissement de la confiance dans le système financier, même si des rallyes sporadiques à partir des niveaux actuels sont possibles.

Côté positif, les autorités semblent conscientes de la gravité de la situation (selon l'adage boursier "when authorities start to panic, markets stop panicking")comme le montre, entre autres, le plan de recapitalisation des assureurs de crédit aux Etats-Unis. A cela s'ajoute le fait qu'avec les pays dits émergents, l'économie mondiale dispose aujourd'hui d'un deuxième moteur de croissance. La crise actuelle confirme leur montée en puissance aux niveaux économique et politique. Ce sont les marchés boursiers de ces pays qu'un investisseur devrait dès lors privilégier sur le long terme.

Commentaire(s)

Micael De Oliveira Borges a dit...

Monsieur Wagner,

vous n'avez pas abordé le sujet du marché des changes. Quel est votre prognostic personnel quant à l'évolution du cours EUR/USD ? Pensez-vous que le dollar US continuera à se déprécier vis-à-vis de la monnaie unique, au vu de la tendance enregistrée depuis quelques mois déjà ?

Vous remerciant d'avance,

Micael De Oliveira Borges

01 février 2008 - 08:22 AM

Guy Wagner a dit...

Après la forte réduction des taux directeurs de la Réserve Fédérale depuis le début de l'année (de 4,25% à 3%), les taux d'intérêt en USD sont aujourd'hui inférieurs à ceux en EUR pour la première fois depuis 2004. Dans la mesure où la banque centrale américaine poursuivra son relâchement monétaire et où la BCE maintiendra le statu quo sur ses taux, le différentiel d'intérêt deviendra de plus en plus défavorable au dollar. Entre avril 2001 et octobre 2004, période où le différentiel de taux fut également défavorable au dollar, la monnaie américaine s'était dépréciée de quelque 30%.

Ceci étant dit, je ne pense pas qu'à partir des niveaux actuels, le dollar se dépréciera encore beaucoup par rapport à l'euro. Tout d'abord, sur les 2 dernières années, le $ a déjà perdu quelque 20% par rapport à la monnaie européenne (situation qui contraste avec celle d'avant 2001 où le $ avait été très fort). Ensuite, l'argument principal en faveur d'un dollar faible, le déficit extérieur des Etats-Unis, commence à perdre de son importance. Les exportations américaines augmentent à un rythme élevé et le ralentissement de la demande domestique freinera les importations. Le déficit commercial des Etats-Unis devrait dès lors continuer à diminuer. Enfin, de nombreux investisseurs semblent aujourd'hui très (trop?) pessimistes sur les perspectives de l'économie américaine tout en sous-estimant le risque conjoncturel dans la zone euro.

01 février 2008 - 11:48 AM

Anonyme a dit...

Bonjour Monsieur Wagner,

Actions à fuir, placements dollar (bonds ou autres) à risque, obligations euros sous la menace de l'inflation, immobilier en début de crise, que reste-t'il pour un placement "père de famille" ?
Faut-il rester sur les obligations euros, ou conseillez-vous le cash pur ? Ou le dépôt à terme ?

Merci de votre avis.

AB

08 mars 2008 - 04:32 PM

Guy Wagner a dit...

L'environnement actuel devrait continuer à profiter aux emprunts de qualité , d'autant plus que je ne pense pas qu'une remontée durable de l'inflation constitue un danger réel (pour les raisons invoquées dans mon article du 6 mars). Il n'y a donc pas lieu de vendre ces emprunts.

En ce qui concerne les placements monétaires, leur rémunération va diminuer parallèlement à la baisse des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne qui devrait intervenir au plus tard vers la fin du deuxième trimestre. Il faudrait dès lors privilégier les placements à 6 mois voire à 1 an pour s'assurer les taux actuels.

11 mars 2008 - 03:02 PM

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Guy Wagner est chief economist à la Banque de Luxembourg

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