Le récent accès de faiblesse du dollar s'explique essentiellement par les mesures prises par le Réserve Fédérale (FED) américaine pour relancer l'économie :
- la baisse radicale des taux directeurs et la possibilité que la Fed achète (entre autres) des emprunts d'Etat à long terme (laquelle a fait baisser les taux longs en $) font que le différentiel d'intérêt est redevenu très favorable à l'euro. L'écart entre les taux à 10 ans en euro et en dollar a ainsi atteint son niveau le plus élevé depuis l'introduction de la monnaie européenne;
- la crainte qu'une fois les taux directeurs ramenés à zéro, la banque centrale américaine ait recours à la 'planche à billets' et dévalue ainsi le billet vert. (En 1 an, la Fed a déjà triplé son bilan. La somme des actifs qu'elle détient équivaut à près de 20% du P.I.B. des Etats-Unis)
A cela il convient d'ajouter le fait que la crise de crédit, qui avait été à l'origine d'une explosion de la demande de dollars (rapatriement de capitaux américains, dénouement massif de 'carry trades' en $, besoins en $ d'entreprises des pays émergents) semble un peu moins aigüe depuis fin octobre.
Sur les marchés des changes, la question pour 2009 n'est pas de savoir quelle sera la monnaie la plus forte mais quelle sera la monnaie la moins faible. Chaque pays/région a ses problèmes et, dans l'environnement économique actuel, nul n'a intérêt à avoir une monnaie forte. Plusieurs éléments me font penser que le dollar pourrait recommencer à s'apprécier par rapport à l'euro :
- la Banque Centrale Européenne pourrait être amenée à imiter son homologue américaine et réduire rapidement son taux directeur (qui reste le plus élevé des pays du G-7). La situation économique dans la zone euro s'est nettement déteriorée. Les mesures peu orthodoxes atuellement mises en place par les autorités américaines pourraient aider les Etats-Unis à sortir plus rapidement du marasme économique que l'Europe, cette dernière n'ayant ni la volonté ni la possibilité (dans la mesure où il n'y a pas une autorité fiscale supranationale) de mettre rapidement en place un plan de relance budgétaire européen;
- la crise de crédit pourrait à nouveau s'enflammer en 2009 et entraîner une nouvelle vague de flux de capitaux vers le dollar. Les événements de cette année ont montré qu'en temps de crise, le dollar bénéficie de son statut de monnaie de réserve. La corrélation inverse entre le dollar et les marchés boursiers pourrait se poursuivre encore quelque temps faisant du dollar un hedge naturel contre le risque actions (à l'image du yen japonais mais pour d'autres raisons);
- le stratégiste devises de la banque Morgan Stanley, Stephen Jen, suggère enfin qu'au lieu de comparer les fondamentaux du dollar à ceux de l'euro, il faudrait comparer ceux de la zone 'de facto' dollar (Etats-Unis + Asie) à ceux de la zone 'de facto' euro (Zone Euro + Europe de l'Est) étant donné que les principales monnaies asiatiques (notamment le yuan chinois) sont plus ou moins étroitement liées au dollar et les monnaies des pays d'Europe de l'Est faisant partie de l'Union Européenne le sont à l'euro. Dans son raisonnement le dollar serait renforcé par les bons fondamentaux économiques des pays asiatiques et l'euro affaibli par les mauvais fondamentaux de l'Europe de l'Est.

2012
Geginat a dit...
Cher Monsieur,Un grand merci, pour ces analyses très intéressantes. A leur lecture je me pose la question suivante. Suite à la crise financière que nous avons vécu les actifs financier US se sont fortement dévaloriser et cela a engendrer dans le chef des détenteurs (surtout américains dans une premier temps) une obligations de vente et donc une réalisation de leur perte. Fondamentalement la valeur économique US s'est fortement déterriorée. La valeur du dollar, sensée représenter partiellement la valeur du pays devrait également s'en ressentir.
Mais comme le USD est aussi une devise refuge et de réserve dans le monde, dans le passé ce genre de crise n'a pas affecté la valeur du USD.
Ce qui a changé par rapport aux dernière crises, c'est qu'aujourd'hui nous avons l'EURO, qui est devenu comme le USD, une valeur refuge ou de réserve. Cela a permis au USD de maintenir sa position indépendamment de la situation financière des Etats Unis.
Donc si la Fed fait tourné la planche a Billet, comme cela a été pour la guerre du Vietnam, est ce qu'elle va réellement réussir à exporter son inflation dans les pays du reste du monde.
Non seulement personne n'a oublié la leçon du passé, on a accès à toutes ces statistiques aujourd'hui, mais en plus il y a l'alternative réelle de l'EURO aujourd'hui.
Est ce que ce n'est pas sur l'EURO que l'épargne ou les placement internationaux ne vont se porter? Comme vous le souligner les pays asiatiques sont plus lié au USD. Mais est ce que cela va durer. Est ce que la crise financière ne va pas progressivement rapprocher ces pays de l'EURO. Les rumeurs sur la cotation de certaines matières premières en EURO n'est seraient-ils pas un premier signe? Dernièrement le JPY se renforce, mais peut-il prétendre la place d'une devise refuge. En tout cas le JPY est plus proche des pays asiatique.
Dans le cadre d'un tel scénario, ce serait une dévaluation de l'USD qui viendrait et une révision de la position de l'USD dans le monde ? Cela aurait naturellement des implications politiques importantes dans le monde.
Quand pensez vous ?
Markus Geginat
08 octobre 2009 - 11:04 AM
Simon a dit...
Bonjour Mr Wagner,Nous observons aujourd'hui un replis de l'euro en faveur du dollar. Ce repli a débuté en fin du mois de novembre 2009 (valeur EUR/USD 1.50) et aujourd'hui, l'euro se rapproche de la valeur de 1.35 dollar.
Quel est votre explication de ce repli ?
Que prévoyez-vous pour le futur ?
Je pense qu'il peut être très intéressant d'avoir votre point de vue sur le sujet !
Merci d'avance
Salutations
20 février 2010 - 11:45 AM
Guy Wagner a dit...
@ SimonLe repli du dollar s'explique par le fait qu'en matière de devises, tout est relatif. Il y a trois mois, les investisseurs avaient tendance à ne voir que les problèmes des Etats-Unis, et donc du dollar. La principale alternative au dollar étant l'euro, la monnaie européenne s'est appréciée. Depuis lors, la crise de la Grèce a éclaté. Elle constitue le premier véritable test pour le cadre institutionnel et économique de l'euro.
Le comportement des marchés financiers au cours des dernières semaines montre d'autre part que l'aversion au risque des investisseurs est en train d'augmenter à nouveau. Le dollar a tendance à s'apprécier dans ce genre d'environnement. Enfin, il y a eu la décision de la banque centrale américaine de relever son taux d'escompte de 0,25% la semaine dernière.
Je pense que ces facteurs continueront à soutenir le dollar dans les mois à venir.
22 février 2010 - 04:29 PM