Le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars US soumis au Congrès par le Trésor américain s’attaque enfin à la cause première de la crise actuelle en cherchant à faire sortir les actifs en difficulté du système financier.
Malgré la gravité de la crise, la réaction des autorités s’est jusqu’ici avérée décevante, d’une portée limitée et caractérisée par des décisions prises au coup par coup. Le plan de sauvetage indique cependant que les autorités ont désormais pris la mesure du risque que la crise fait peser sur le système financier mondial et sur l’économie réelle.
Le plan proposé a donné lieu à de nombreuses comparaisons avec la Resolution Trust Corporation de 1989, mise en place pour résoudre la crise des Savings and Loans. Il permettrait au gouvernement d’acheter jusqu’à 700 milliards de dollars de créances douteuses liées à l’effondrement du marché immobilier. En sortant ces actifs en difficulté et illiquides du bilan des institutions financières, il aiderait à restaurer la solidité du système financier, lui permettant ainsi de reprendre son activité de crédit.
Les mesures proposées sont les premières à s’attaquer directement à la cause de la crise : les montants énormes de créances immobilières douteuses et les quantités massives d’instruments financiers structurés reposant sur ces créances. Les purger du système financier contribuera à restaurer la liquidité sur le marché. Les débats autour du « risque moral » sont vains dans le contexte actuel. Ainsi que l’ont écrit Nicholas Brady, ancien Secrétaire du Trésor américain, et Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale, dans un article paru cette semaine dans le Wall Street Journal : « La pathologie de cette crise est qu’à moins de la devancer et de s’y attaquer depuis une position de force, elle dévore le maillon le plus faible de la chaîne avant de passer au suivant ». L’histoire a montré que les crises bancaires nécessitent toujours l'intervention de l'Etat.
Si le Congrès décide de voter une législation autorisant ce plan de sauvetage dans les prochains jours, quel sera son impact sur les marchés bousiers? Le redressement des cours des actions engagé jeudi pourrait se prolonger pendant un certain temps.
Au-delà de ce rebond technique, la grande question consiste cependant à savoir si les marchés peuvent entamer une reprise durable. Le processus de désendettement dans le système financier et dans le secteur des ménages américains va se poursuivre ce qui va peser sur la croissance économique. Dans les pays industrialisés, les perspectives pour les bénéfices des entreprises restent donc sombres. Les marchés boursiers ont commencé à escompter le ralentissement de la conjoncture mais il est beaucoup trop tôt pour affirmer que 'toutes les mauvaises nouvelles sont dans les cours'.


2010
mbr7649 a dit...
j'ai assisté à votre conférence de jeudi dernier qui était très intéressante. Je voulais vous poser quelques questions :1/concernant l'inflation , comment expliquez vous que tous les économistes qu'on peut lire ou rencontrer à Luxembourg (p.artus, m.touati, jp.petit, vous, etc) soient unanimes pour dire qu'il n'y a pas d'inflation alors que les économistes de la BCE et sonPrésident nous assurent du contraire ?
2/ Après les TMT,l'immobilier titrisé et les commodities, quelle pourrait être selon vous la prochaine bulle des marchés ?
3/ Pourriez vous m'expliquer pourquoi, selon vous, l'or n'a pas de valeur intrinsèque et ne doit donc pas être considérée comme une classe d'actifs dans laquelle il faut investir ?
merci et cdt,
mbr7649@caramail.com
28 septembre 2008 - 10:15 PM
Anonyme a dit...
cher Monsieur,Le plan de sauvetage US n'ayant pas été adopté, l'affaissement en son centre de ce gros pudding qu'on a construit avec des ingrédients peu digestes ,me semble aller bon train.L'agonie va s'arrêter où???Personne,même les plus futés des économistes ne semblent pouvoir y répondre et en attendant, comment peut-on gérer ses angoisses en tant que client de votre banque en l'occurence,puisque j'y suis client.De quelle autre banque internationale dépendez-vous directement?Votre banque a bonne réputation,mais tout semble déraper.Que pouvez-vous me dire pour rassurer un peu?
En vous remerciant
30 septembre 2008 - 09:21 AM
Guy Wagner a dit...
1.Inflation : Entre août 2007 et août 2008, le taux d'inflation dans la zone euro est passé de 1,7%à 3,8%. On peut donc comprendre que la BCE parle d'inflation. Lorsque je dit qu'il n'y a pas d'inflation, je veux dire que nous ne sommes pas dans un environnement de remontée durable de l'inflation et de hausse généralisée des prix. L'inflation des derniers mois est due à la hausse des prix des matières premières. Ces prix sont aujourd'hui orientés à la baisse. De plus, contrairement aux années '70, il n'y a plus de lien automatique entre la hausse des cours des matières premières et le coût de l'emploi puisque dans la plupart des pays il n'y a plus d'indexation des salaires. Enfin, même en cas d'augmentation du coût de l'emploi (salaires ajustés pour les gains de productivité), beaucoup d'entreprises auraient du mal à augmenter leurs prix de vente dans l'environnement actuel marqué par une crise financière et un ralentissement de la conjoncture.2. Prochaine bulle : je ne pense pas que nous soyons à la veille d'une nouvelle bulle, du moins dans les classes d'actifs traditionnelles. A moins de croire à une remontée durable de l'inflation auquel cas les emprunts d'Etat seraient un candidat.
3. Or : pour moi, la valeur intrinsèque d'un investissement est déterminée par les cash flows (bénéfices, dividendes, intérêts) que produira cet investissement, actualisés à un taux approprié. L'or ne produit aucun cash flow et n'a donc pas de valeur intrinsèque.C'est pourquoi je considère qu'acheter de l'or est une spéculation (qui peut se justifier à un moment donné) mais pas un investissement.
30 septembre 2008 - 05:25 PM
Guy Wagner a dit...
Banque de Luxembourg est filiale à 100% du Groupe Crédit Mutuel-CIC, l'un des établissements financiers les mieux notés de la zone euro. Le groupe Crédit Mutuel n'est pas coté et n'a jamais eu besoin de lever des capitaux en bourse. Ses fonds propres dépassent les 20 milliards.02 octobre 2008 - 10:15 AM