"I think it's worth considering that the architects of the monetary union knew all along that it would lead to a crisis and the crisis would lead to a federal solution. In fact, you could say that it was actually designed to create a crisis." (Niall Ferguson)
"How dare European policymakers tell the population to continue suffering for their mistake, just so that they do not lose face?" (Charles Gave)
"Throwing more debt after bad debts ends up meaning more debt." (Dave Rosenberg)
L'union monétaire dans sa forme actuelle ne fonctionne pas. Pire, nous arrivons rapidement à un stade où elle met en danger les acquis positifs de la construction européenne. L'euro ne devrait pas être maintenu, du moins pas dans sa forme actuelle. Malheureusement, la plupart des hommes politiques au pouvoir restent enfermés dans un raisonnement consistant à considérer que la monnaie unique doit coûte que coûte être défendue. Il n'est dès lors pas étonnant de les voir peindre des scénarios catastrophes en cas d'éclatement partiel ou total de l'euro.
En réalité, ces scénarios catastrophes sont justement en train de se réaliser, notamment en Europe du Sud. Les dépôts bancaires sont en chute libre en Espagne et en Grèce, de nombreux épargnants retirant leurs euros pour les déposer auprès d'une banque 'du Nord'. Les investissements privés se sont arrêtés étant donné qu'aucun entrepreneur n'est prêt à lancer des projets dans le contexte d'incertitude actuel. La consommation s'effondre à la suite des mesures d'austérité et de la montée du chômage. Les derniers indicateurs économiques montrent d'ailleurs que ces tendances ne se limitent plus aux pays du Sud mais touchent également de plus en plus les pays européens jusqu'alors moins affectés par la crise, voire le reste du monde. L' incapacité des dirigeants européens à gérer la crise risque ainsi de provoquer une catastrophe économique.
La capacité des autorités à essayer de gagner du temps à travers des demi-mesures est aujourd'hui en train de s'évaporer et leur crédibilité auprès des marchés financiers est fortement ébranlée. L'harmonie politique entre pays, indispensable au bon fonctionnement de l'Europe, s'évapore. Il n'existe en fin de compte que 2 solutions : accepter une union fiscale ou abandonner l'union monétaire.
De nombreux observateurs proposent l'émission d'euro-obligations (obligations émises et garanties solidairement par les Etats membres de la zone euro) et la mise en place d'une Union bancaire avec garantie commune des dépôts comme premiers pas vers une union fiscale. Ces propositions sont notamment revenues après que la France s'est définitivement rangée parmi les pays du Sud avec l'élection de François Hollande dont une des premières mesures a été de réduire l'âge de la retraite en pleine crise des déficits publics.
Mais est-ce que émission d'euro-obligations, Union bancaire, voire même union fiscale seraient vraiment une solution à la crise? Il est à cet égard utile de se rappeler certains faits :
- la Grèce, le Portugal, l'Espagne etc. ne vont pas pouvoir se financer à des conditions raisonnables dans le marché dans un avenir prévisible. Les investisseurs privés savent que le niveau d'endettement de ces pays n'est pas soutenable et qu'en cas de restructuration de leur dette, leurs droits seront arbitrairement subordonnés à ceux d'investisseurs institutionnels tels que la Banque centrale européenne;
- les besoins de financement énormes de ces pays devront donc être financés soit directement par la Banque centrale européenne, soit par une entité paneuropéenne ayant un accès quasi-illimité à des prêts de la BCE, en accordant par exemple un statut de banque au European Stability Mechanism (ESM);
- les estimations réalistes sur les besoins en resources d'une telle entité font état d'un montant d'au moins 4000 milliards d'euros. L'Allemagne devrait garantir une grande partie de ce montant, d'autant plus que les pays ayant besoin de capitaux ne peuvent pas être considérés de manière sérieuse comme garants d'une telle entité. Pour comparaison, la dette publique actuelle de l'Allemagne s'élève à environ 1500 milliards d'euros. Elle risquerait dès lors de quasiment doubler du jour au lendemain;
- les pays du Sud ont 3 problèmes liés entre eux : un endettement trop élevé, un système bancaire insolvable ET un déficit extérieur trop élevé. Ce dernier point est trop souvent oublié. L'Europe du Sud n'est plus compétitive, ce qui se traduit par des déficits extérieurs, et donc un besoin de capitaux externes, élevés. Pour redevenir compétitifs, ces pays auraient par le passé opté pour une dévaluation de leur monnaie. Cette solution n'est pas possible tant qu'ils sont enfermés dans l'euro. Il ne reste dès lors que la voie d'une 'dévaluation interne', ce qui veut dire réduction des salaires et montée du chômage (surtout chez les jeunes). L'émission d'euro-obligations ou une union fiscale ne ferait rien pour remédier à cette situation;
- l'austérité fiscale à elle toute seule ne fonctionne pas. L'impact négatif sur la croissance de cette austérité est telle que les pays concernés perdent plus d'un côté (en recettes fiscales) que ce qu'ils gagnent de l'autre (en réduction des dépenses publiques, en supposant qu'ils soient vraiment prêts à mettre en place des coupes budgétaires). En d'autre mots, au lieu de s'améliorer, le ratio dette publique/Produit Intérieur Brut se détériore, le dénomminateur reculant plus vite que le numérateur. La capacité des ces pays à servir leur dette s'en trouve amoindrie;
- la solution de facilité réclamée par les pays du Sud, les marchés financiers et de nombreux économistes risquerait cependant d'avoir des conséquences désastreuses sur le moyen et long terme, et notamment pour les générations futures. Cette solution consiste en gros à mutualiser les dettes des pays europééens pour ensuite les monétiser en permettant, directement ou indirectement, à la Banque centrale européenne d'imprimer de la monnaie à tort et à travers. La crise de la zone euro est en effet avant tout aussi une crise de l'Etat-providence que les pays européens n'arrivent tout simplement plus à financer. La chancelière Merkel a dès lors raison de s'opposer à cette solution de facilité et de maintenir la pression pour obliger les pays de la périphérie à procéder à des réformes structurelles. Il est toutefois à craindre qu'elle soit obligée à faire de plus en plus de concessions surtout au cas où elle devait faire face à une montée de critiques venant de son propre pays, maintenant que l'économie allemande commence à sentir les effets de la crise.
Si sauver l'euro était une fin en soi, une union fiscale rapide serait une solution. Le but devrait néanmoins être d'arriver à une situation qui "maximisera le bien-être du plus grand nombre de citoyens" (pour citer Woody Brock, fondateur et président de la société Strategic Economic Decisions) et offrira notamment des perspectives aux générations futures. Ce but ne pourra pas être atteint si l'union fiscale intervient avant la mise en place des réformes structurelles nécessaires dans les pays de la zone euro. Dans un tel scénario, une union fiscale équivaudrait simplement à un transfert permanent de capitaux de certains pays vers d'autres.
Maintenir ou non l'euro dans sa forme actuelle est en fin de compte une décision politique. Il en était de même pour l'introduction de la monnaie unique. A l'époque, la décision a été prise contre le bon sens économique.
(Nigel Farage est un député européen et co-président du groupe Europe libertés démocratie (Europe of Freedom and Democracy Group). Ses analyses et interventions au parlement européen valent la peine d'être entendues. Voici sa réaction au plan de sauvetage des banques espagnoles :












JP Letombe a dit...
Merci Mr Wagner.Cela fait plaisir de voir que peu à peu se brise le taboo de l'euro monnaie unique ...
Nous devons passer à un euro monnaie commune ...
C'est à dire revenir aux monnaies nationales avec un taux fixe contre euro mais révisable 1 ou 2 fois par an en fonction du poids économique de chaque pays.
Il faut aussi maintenir l'euro pour tous nos échanges en dehors de la zone euro.
Ce nouvel euro monnaie commune permettrait l'adhésion de nouveaux pays comme le Royaume Uni ou la Russie, sans pour autant créer de tensions entre les pays et surtout en permettant à un pays en difficulté de sortir de l'euro monnaie commune sans mettre en danger les autres.
Les BRICS sont en train de réaliser cela, et si nous faisons cela alors nous serions la première zone de monnaie commune dans le monde.
Si rien ne change, les déséquilibres, dans les balances des paiements des pays du Sud, auront raison de l'euro monnaie unique.
19 juin 2012 - 17:00
Ly CV a dit...
Merci Mr Wagner,En réalité les pays du sud-est asiatiques (par exemple) sont déjà dans le système que décrit JP Letombe, sauf que c'est l'USD qui est pris en référence; après à chacun de fixer ses règles, HK ou VN par exemple laisse que + ou - 1% de fluctuation par jour et d'autres en libre etc...
Le problème pour cette EURO commune est sa parité par rapport à d'autres grandes monnaies, quel est son prix? Il est clair que si un pays veut dévaluer fortement sa propre monnaie il va aussi influencer la valeur de l'EURO Commune sauf si c'est compensé par l'augmentation d'une ou plusieurs d'autres monnaies nationales; on en revient aux désaccords actuels sans parler du cas de faillite d'un ou plusieurs pays.
20 juin 2012 - 08:54
JP Letombe a dit...
@LY :Les pays asiatiques commencent déjà à ne plus utiliser le dollar pour leurs échanges (cf Chine / Japon), et les BRICS ont annoncé la création de leur banque et fonds, ce qui signifie qu'ils ne seront plus lié au FMI et à la Banque Mondiale sous peu de temps.
Nous assistons ici à la naissance d'une monnaie commune.
La parité de l'euro contre les autres monnaies s'établie en fonction du poids économique de la zone. Les marchés ajustent la parité suivant les tendances mais aussi en fonction des transactions (financières et commerciales).
Le fait de passer en un euro monnaie commune ne changera pas le poids de la zone euro vis-à-vis des autres devises, mais permettra d'ajuster le poids de chaque pays dans l'euro. Ainsi, l'euro-mark pourra s'apprécier et l'euro-lire se déprécier suivant les besoins.
Il n'y a aucune raison de penser que si un pays dévalue alors il faudra ré-évaluer d'autres afin de rester à une valeur stable. Les tailles des pays et de leurs économies respectives étant différentes alors on ne peut agir en ce sens. Par ailleurs, ce sont les marchés qui apporteront l'ajustement en fonction des transactions.
De même, avec une monnaie commune, les IDE et investissements ne pouvant entrer qu'en euro alors il n'y aura pas de spéculation contre un pays mais contre une zone monétaire ce qui sera plus difficile.
Le problème des dettes souveraines serait aussi en partie contenu en permettant aux banques centrales nationales de monétiser les investissements (pas les dépenses de fonctionnement) dans une limite de xx% du PIB (de mon avis 1 à 2% maxi) afin de relancer la croissance.
D'ailleurs, il est anormal de financer sur le budget courant les investissements publics qui porteront leurs fruits demain. L'euro actuel nous empèche de le faire et cela bride toute forme de croissance.
La seule solution que nous ayons aujourd'hui est d'emprunter pour investir, et donc réduire le budget courant de la part des intérêts supplémentaires à payer (pour les investissements) et donc augmenter la rigueur et entretenir la spirale actuelle.
Il n'y a donc pas de solution durable et le système euro monnaie unique va imploser, sauf si on décide de créer de la dette commune mais cela conduirait à prendre un gros risque.
Le risque qu'un pays ne respecte pas les règles et fasse tomber tous les autres. Voila pourquoi les allemands veulent d'abord une convergence puis une gouvernance forte, afin de ne pas faire le grand saut sans élastique ...
Il y a donc bien une alternative à la fin de l'euro monnaie unique ou aux euro-bonds : l'euro monnaie commune ...
Pour rappel, 5 prix Nobel font des conclusions similaires : Jospeh Stiglitz, Paul Krugman, feu Maurice Allais, Amartya Sen et Milton Friedman. Il y a aussi beaucoup d'autres économistes qui arrivent aux mêmes conclusions (Jacques Sapir par exemple).
La question est désormais pourquoi le débat ne s'ouvre pas et sans taboo ? Pourquoi autant de prix Nobel ne sont pas écoutés, pour au moins ouvrir le débat ?
20 juin 2012 - 10:41
LY CV a dit...
Merci JP Letombe d'avoir approfondi le sujet, je sais qu'il se passe des choses en Asie, j'y vis, surtout entre le Yen et le Yuan sans une monnaie entre les 2; j'ai donné exemple des pays du SUD-EST ASIE (ASEAN) pas du BRICS.Si je comprends bien il y aura une parité entre l'EUR Commune/USD et EuroMarks/USD ou EuroFranc/USD etc...? En pratique ça me semble une usine à gaz ingérable, je ne vois toujours pas comment le marché va déterminer la valeur du futur Euro Commune sans prendre en compte de la monnaie nationale de ses membres, exemple si EURLire Italien se déprécie fortement quelle sera la valeur de l'Euro Commune si les autres Euro nationales ne bougent pas etc...?
Laissons le temps au paire Yen/Yuan sans passer par l'USD et on verra, au bout de quelques semaines de cotation à Shanghai je ne constate pas de grand changement.
20 juin 2012 - 12:33
JP Letombe a dit...
@LY :Dans l'idée d'un euro monnaie commune, il ne faut pas revenir exactement à l'ECU mais à un ECU amélioré.
L'ECU ne faisait plus de sens car nous avions une parité ECU/USD, des parités FRF/USD - DEM/USD - ... et l'ECU n'était en fait qu'une monnaie de compte et accessoirement de réserve.
L'euro monnaie commune doit avoir une parité EUR/USD, et des parités DEM/EUR - FRF/EUR - ... mais pas de possibilité d'échanger des DEM contre de l'USD sans passer par l'euro.
Le problème de la monnaie unique n'est pas un problème vis-à-vis de l'extérieur mais vis-à-vis des déséquilibres intérieurs, en sachant que le tout n'est pas une zone monétaire optimale pour une monnaie unique (cf Robert Mundell).
Donc chaque pays doit retrouver ses marges de manoeuvres monétaires (dans une certaine mesure, et dont les conditions restent à définir : Maastricht v2). Pour cela nous devons absolument rétablir la possibilité d'ajustements des différences de compétitivité entre les pays de la zone euro par les taux de change intérieurs.
L'ensemble des dettes souveraines (détenues par des non-résidents) pourraient être converties en devise nationale, tandis que les dettes privées (détenues par des non-résidents) devraient probablement rester en euro afin de ne pas créer de troubles dans les contrats commerciaux et contrats financiers en cours.
D'après les études le cours idéal de l'euro devrait se situer aux environs de 1.15 USD, le DEM devrait s'apprécier (mais les prix en dollar des produits allemands devraient rester stables à ceux d'aujourd'hui) et la plupart des autres devises devraient se déprécier et donc redonner un coup de fouet aux exportations des autres pays et à la relance de leurs industries nationales.
Pour répondre au cas où la Lire viendrait à subir une forte dévaluation :
1) ce ne sera pas possible sans l'accord des autres pays de la zone, sinon la Lire doit sortir de l'euro monnaie commune
2) si la Lire se dévalue alors le cours EUR/USD ne devrait pas être très impacté car le poids économique de la zone euro ne changera pas pour autant, malgré que l'Italie procède à un ajustement interne. Ce sera donc un rééquilibrage au sein de la zone euro, et pas vis-à-vis de l'extérieur de la zone euro.
Vous noterez que l'avantage d'un euro monnaie commune est aussi de permettre à un pays d'en sortir sans mettre en danger tous les autres, puis de se rétablir et enfin d'y revenir. La Grèce irait beaucoup mieux aujourd'hui, surtout depuis le temps que ses problèmes ont commencé.
On ne continuera plus très longtemps à désindustrialiser les pays, dit faibles, de l'euro sans qu'il y ait de graves problèmes sociaux (y compris en Allemagne, qui compte près de 25% (8 Mio) de travailleurs pauvres). Il nous faut donc rapidement mettre en place un mécanisme d'ajustement concerté des différences de compétitivité, sinon il faudra faire de la déflation salariale (baisse des salaires) mais avec un coût de la vie constant.
Il y a donc bien une alternative à l'euro monnaie unique : l'euro monnaie commune.
On nous promet un cataclysme économique si on sort de l'euro monnaie unique, mais ce cataclysme est en train de se passer sous nos yeux mais à doses suffisament homéopathiques pour que cela reste encore indolore ... Quid dans 1 ou 2 ans ? Le réveil va être difficile ...
20 juin 2012 - 14:56
LY CV a dit...
Je voudrais préciser que je ne crois pas à la survie de l'EUR actuel!!!Ceci dit je ne crois pas aussi à l'intervention permanente des états dans une économie libérale.
Si mes souvenirs ne me trahissent pas Paul Krugman a proposé ce système aux Grecs il y a un ou deux mois, et il semble qu'il l'élargisse aux 17.
1) Citation:"mais pas de possibilité d'échanger des DEM contre de l'USD sans passer par l'euro." Je ne vois pas comment on peut l'interdire!! Temps qu'une monnaie papier peut changer contre des services et des biens dans un grand pays comme l'Allemagne elle a de la valeur. Sans parler qu'un américain arrive à Berlin avec ses USD peut les changer en DEM et vice versa l'Allemand doit changer en EUR avant de partir aux USA? Ou un Alsacien doit avoir de l'EUR puis changer en DEM pour faire ses courses à la frontière? Croyez-moi même si on y arrive par la force un super gros marché noir va se développer.
2) Citation: " si la Lire se dévalue alors le cours EUR/USD ne devrait pas être très impacté car le poids économique de la zone euro ne changera pas pour autant, malgré que l'Italie procède à un ajustement interne." Ceci était probablement vrai il y a 40 ou 50 ans mais l'Italie de 2012 est un grand fabricant de tissu, de produits de luxe entre autres pour le monde... le poids économique de l'UEM Commune sera forcément changé. En supposant que ce n'est qu'un équilibrage interne parlons un des cas qu'on connait bien, si l'Espagne demande une dévaluation de son Pesos les agriculteurs Français vont brûler leur fruits et légumes à Paris et ça m'étonnerait que l'état Français accepte cette dévaluation.
3) Donc une dévaluation de la Lire va forcément faire bouger la parité EUR/USD l'instabilité continuera comme actuellement (de 20 à 30% en yoyo par an), ce que gagnera les Espagnols seront perdus par les Français et tensions permanentes entre pays membres comme actuellement.
Un pays avec 2 ou 3 monnaies n'est pas nouveau, les Chinois le connait depuis 1997 avec le HKD et le RMB (YUAN), le gouvernement Hongkongais lutte de toute ses forces pour garder le HKD hors de l'eau et la monnaie de Macao est presque inexistante.
Le Vietnam et le Cambodge luttent aussi contre la "Dollarisation" de leur économie. Il a fallu une dizaine d'année et une demi douzaine de décrets appliqués avec force pour venir presqu'à bout de ce fléau au VN; alors que ces 2 pays ne l'ont pas fait exprès d'avoir 2 monnaies chez eux.
Je pense qu'il ne faut pas dramatiser notre sort, des pays en faillite ont déjà existé et il faut laisser faire naturellement le marché, on a fait une grosse erreur avec la monnaie unique et on a opté pour la facilité et la médiocrité comme dirait la chancelière depuis plus de 30 ans, il est temps de se réveiller et corriger, une dizaine d'années d'austérité et de privation n'est pas la fin du monde? Le trou de consommation des Européens sera vite remplacé et comblé par d'autres régions du monde.
SURTOUT NE PAS OUBLIER QUE LE MONDE A CHANGE ET QU'ON N'EST PLUS LES SEULES PUISSANCES MAINTENANT.
On a intérêt de le faire maintenant car le jour où le BRICS nous égale ou dépasse ce sera trop tard définitivement.
20 juin 2012 - 17:16
JP Letombe a dit...
@LY :Je vous rejoins sur le fait que les Etats n'ont pas à intervenir dans une économie libérale.
Vous avez bien noté l'approche de P Krugman qui parlait de double monnaie (une locale et une pour la zone monétaire et les échanges extérieurs). Pour mémoire, la Grèce a déjà connu ce genre de solution suite à une faillite (heu pardon, à un défaut) comparable.
Concernant le point 1) que l'on ne devrait pas pouvoir échanger de DEM contre de l'USD sans passer par l'euro monnaie commune, permet la mise en place d'un contrôle des capitaux pour tout ou partie de la zone. Bien entendu, mettre des contrôles pour le DEM vis-à-vis de USD/JPY ... n'est pas l'exemple qui convient le mieux, mais pour les pays du Sud pourquoi pas ?
Contrôle des capitaux ne dit pas barrière, mais un simple contrôle pour limiter les mouvements purement spéculatifs. Je suis convaincu que même l'Allemagne adopterait cette possibilité. De plus, pour le Luxembourg ce serait une aubaine en devenant une des principales portes d'entrée des investissements en Europe grâce à sa spécialisation dans les fonds et la structuration financière.
Pour illustrer la nécessité du contrôle des capitaux, si on regarde le solde des IDE entre ceux qui sont entrés et ceux qui sont sortis de France, alors on est à -625 milliards depuis le 01/01/1999. Après on s'étonne que la France se désindustrialise (même si les raisons ne sont pas que la fuite des capitaux).
Il n'y a aucune raison qu'un marché noir se développe car le passage par l'euro ne serait qu'un cours pivot, et tout le reste est automatique via la BCE(2). Donc en Allemagne, l'alsacien paie en DEM qui sont débités en FRF sur sa carte visa via le cours pivot DEM/EUR - EUR/FRF. Par contre quand je règle en USD, alors cela passe par un cours FRF/EUR - EUR/USD et nous n'avons aucune contrainte particulière.
Avantage, les pays ont des balances des paiements en monnaie nationale, et la zone euro en Euro. Les excédents en devises étrangères de l'Allemagne deviennent des excédents de la zone
Pourquoi l'Allemagne accepterait un tel changement ? 1) cela permettrait aux autres pays de la zone euro de respirer et sans aucun coût pour l'Allemagne (actuellement c'est l'Allemagne qui cotise le plus au sauvetage de l'euro). et 2) l'Allemagne peut sortir de ce système à tout moment sans que cela nuise aux autres ni à ses activités. Néanmoins, personne n'a envie de revenir à l'instabilité du temps du SME et cette approche devrait contribuer à la stabilité de cet euro monnaie commune.
Concernant le point 2) que se passe-t-il aujourd'hui ? Les espagnols paient des salaires de misère leurs ouvriers agricoles et font du dumping sur le marché français. Demain, le dumping ne pourra pas être fait par la dévaluation car cette dernière devra être concertée. Qui dit concertation, dit négociation équilibrée et donc équitable au sein de la zone euro (ceci est valable avec l'Allemagne aussi). Par contre, tout le monde profitera de ces nouveaux gains de compétitivité dans les exportations hors zone euro.
Concernant le point 3) je pense que mes précisions sur le point 2) vont dans ce sens.
La zone Asie a beaucoup souffert de la dollarisation, en particulier en 1998 et la crise asiatique. Ma conviction est que de grandes zones monétaires (monnaies communes) vont se créer et nous aurons peut-être la chance de voir une stabilité monétaire perdurer. L'initiative des BRICS est déjà en route, et il ne nous reste pas beaucoup de temps pour bouger.
Vous dites "une dizaine d'années d'austérité et de privation n'est pas la fin du monde". Vous imaginez les effets dévastateurs dans nos pays ? Que vont faire nos compatriotes européens, tous accros à l'hyper consommation et pour certains à une société très orientée sur les loisirs. Non, je ne pense pas que l'on puisse envisager sereinement ainsi l'avenir.
Ma vision est que nous devons recréer les conditions permettant une relance sans augmenter significativement la dette et en réalisant les plus possibles des économies dans les dépenses des Etats.
Je vous remercie pour cet échange intéressant. Je n'ai pas la prétention de détenir la vérité, mais la conviction que les bonnes solutions surgiront quand on commencera à parler des problèmes. Hélas, certains sujets (comme une évolution de l'euro) sont encore taboo, bien que cela devrait changer très bientôt car Berlusconi vient juste de déclarer ceci : "l'hypothèse de l'abandon de l'euro par l'Italie n'est pas un blasphème"
Et aussi "si, au sommet de Bruxelles des 28 et 29 juin, Angela Merkel n'assouplit pas la politique financière européenne, il fera tomber le gouvernement en vue d'élections anticipées à l'automne. Et il prendrait alors la tête d'une coalition qui fera campagne pour l'abandon de l'euro."
Merci encore pour cet échange intéressant.
21 juin 2012 - 16:45
LY CV a dit...
Citation: " Bien entendu, mettre des contrôles pour le DEM vis-à-vis de USD/JPY ... n'est pas l'exemple qui convient le mieux, mais pour les pays du Sud pourquoi pas ?"On s'aperçoit qu'il y a 2 voir 3 zones euro non-compatibles à l'heure actuelle, pourquoi ne pas les séparer en 2 ou 3 tout simplement en attendant? C'est mieux que 17 + 1 monnaies.
Quand je cite l'exemple de Dollarisation en Asie du Sud-est je pense au futur Deutchmarkisation dans le système que vous proposez. Si je suis Français ou Belge et j'ai un appartement à Paris et un à Madrid à louer j'ai tout intérêt à créer une société immobilière à Berlin et exigé le loyer en DEM en supposant que le principe de libre circulation des personnes et biens dans l'union Européenne ne soit pas supprimé...
Je n'ai pas entendu parler de création de nouvelles monnaies commune par le BRICS mais tout simplement une parité directe sans passer par l'USD.
Citation: " Que vont faire nos compatriotes européens, tous accros à l'hyper consommation et pour certains à une société très orientée sur les loisirs. Non, je ne pense pas que l'on puisse envisager sereinement ainsi l'avenir."
Justement c'est le moment de passer à la désintoxication, refuser ce combat c'est de se ranger définitivement du côté des perdants et ça m'étonnerait que l'Allemagne et les pays du Nord nous suivent; c'est aussi une insolence extrême qu'on lance aux pays émergents qui sont et seront de plus en plus nos créanciers car eux ils travaillent dur depuis des décennies et épargnent pour nous prêter.
Certains Français pensent que l'Allemagne va perdre ses marchés du sud européen si elle quitte l'EUR mais ils ne se posent pas la question: où vont-ils trouver les remplaçants puisqu'ils n'ont plus du tout d'industrie et ne veulent pas se restructurer?
" 2) l'Allemagne peut sortir de ce système à tout moment sans que cela nuise aux autres ni à ses activités"
J'ai du mal à comprendre, pensez-vous que cet EUR Commune aura toujours la parité EUR/USD à environ 1,15 comme vous l'avez suggéré si l'Allemagne nous quitte?
Nous devons réfléchir et agir dans le respect d'autres peuples et régions du monde sans prétention d'être le centre si nous voulons encore compter dans l'avenir.
23 juin 2012 - 18:30
JP Letombe a dit...
Citation : Justement c'est le moment de passer à la désintoxication, refuser ce combat c'est de se ranger définitivement du côté des perdantsSi on ne gère pas une transition soft alors le frottement risque de créer des heurts, et il y a un risque de révolution ... Dans désintoxiquer, il y a soigner et pas soeuvrer brutalement ... Ici n'est pas le meilleur endroit pour débattre de sociologie, mais tout changement doit intégrer le volet humain (social). Regardez la Grèce, ils en arrivent à voter pour des néo-nazis !!! Mais quel désespoir !!! Il faut éviter ce genre de phénomène ...
Citation : J'ai du mal à comprendre, pensez-vous que cet EUR Commune aura toujours la parité EUR/USD à environ 1,15
L'allemagne réalise presque 60% de ses exportation en Europe, si le DEM s'apprécie alors ils exporteront moins et leur poids économique se réduira un peu et permettra un ajustement pour les autres monnaies nationales en zone euro monnaie commune.
Maintenant, si l'Allemagne quitte la zone commune, alors l'euro pourrait en effet se déprécier face au dollar. Tant mieux car cela renforcera encore plus nos exportations, même si on pouvait craindre un risque de renchérissement du pétrole. Mais dans un contexte déflationniste, cela n'est pas inquiétant. Sans l'Allemagne, on devrait avoir 1 euro = 1 dollar, et cela serait bon pour nos exportations.
Citation : Nous devons réfléchir et agir dans le respect d'autres peuples et régions du monde sans prétention d'être le centre si nous voulons encore compter dans l'avenir.
Tout a fait d'accord, et je suis personnellement le premier à encourager une reconsidération de la charte de la Havane afin de remplacer les règles de l'OMC et ses déséquilibres actuels. J'ai personnellement travaillé sur un projet d'étude d'une taxe déquilibre des échanges visant à rejoindre l'idée de la charte de la Havane mais sans revenir juste après guerre ...
Avez-vous entendu Berlusconi ? Il a tout compris, mais il lui faut encore trouver comment en sortir ...
http://www.lepoint.fr/economie/berlusconi-fossoyeur-de-l-euro-21-06-2012-1476108_28.php
25 juin 2012 - 21:40
Anonyme a dit...
Mais pourquoi donc Monsieur Guy WAGNER n'intervient-il pas dans les médias ?Son analyse est sans doute d'une clarté trop absolue pour nos hommes et femmes politiques européens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur mandat électoral .... comme d'habitude.
Dommage.
georges
03 juillet 2012 - 10:42
LY CV a dit...
Hélas l'actualité de la dernière semaine semble donner raison à Mr Wagner Guy et la France a choisi son camp, on verra si les -625 Mlds d'EUR d'IDE français vont doubler ou pas dans 5 ans.La Grande Bretagne veut revoir ses relations avec l'UE et je crains que bientôt l'Allemagne et les pays nordiques vont suivre le chemin. Pas sûr que l'Allemagne va beaucoup perdre en terme de marché dans l'UE car leurs produits sont dans des niches irremplaçables pour l'instant et ils vont s'y adapter comme d'habitude.
Pour ma part je sais ce que je vais faire avec le peu d'EUR qui me reste.
Merci Mr Wagner Guy
@ ANONYME
Mr Wagner raisonne en conseiller d'investissement alors que les politiques raisonnent en idéologie et en mandat électoral d'environ 5 ans, les virements à 180° sont trop fréquents, des lois pondues puis modifiées puis abandonnées ou pire annulées; la France est un bon exemple et elle est devenue le pays où il y a le moins de sécurité fiscale dans le monde des investisseurs.
04 juillet 2012 - 15:05
mokette a dit...
Sauvez l europe reviens a sauver un particulier qui dois 500 millions d euros sur 30 ans et qui gagne 1000 euros net par mois.Voila la situation réel de l euros.Ca se terminera par un effondrement du systeme financier avec une remise a zero de celui ci.Certains gagneront (1%) et beaucoup perdrons (99%).
Evitez le papier , les promesses car la seule règles desormais est qu il n y a plus de règle.
30 juillet 2012 - 00:49